Avec le temps, le regard est devenu intérieur, internalisé

Jan 14, 2026

Dans le post précédent, je parlais d’une terreur extérieure.
Celle instillée, en occident, au cœur de tout humain au début de la période des lumières qui a co-existé étonnamment avec la chasse aux sorcières, impactant les femmes, leurs compagnons, leurs enfants, leurs communautés.
En développant, en soi, cette idée que nous pourrions avoir fait des choses répréhensibles, à notre insu.
Le doute que nous ne soyons pas tout à fait qui nous pensons être, a ainsi fait son chemin.

Depuis, il existe une autre forme de pouvoir, plus silencieuse.
Jeremy Bentham l’avait esquissée dans l’architecture du Panoptique :
Un espace où chacun peut être observé, sans jamais savoir quand, ni par qui.

Michel Foucault y a vu le basculement vers un autre mode :
Celui où il n’est plus nécessaire d’être surveillé pour commencer à se surveiller soi-même.
Il suffit d’imaginer le regard.

Avec le temps, le regard est devenu intérieur, internalisé.
Celui qui nous demandes des comptes.
Une vigilance installée dans nos gestes, dans nos choix, dans nos manières de nous ajuster, avant même de comprendre à quoi nous nous ajustons.

Une forme de domestication subtile :
Non pas imposée de force, mais adoptée presque naturellement, comme si elle allait de soi.

Elle ne fait pas de bruit.
Elle s’insinue.
Elle organise.
Elle modèle ce que nous nous autorisons,
ce que nous évitons,
ce que nous taisons.

Ce mouvement de domestication subtile n’a pas disparu.
Je ne suis pas certaine que nous ayons mesuré ce qu’il fait à nos vies, parfois même dans des zones trop familières pour être repérées. Et vous ?


Visuel : Photographie intérieure d’un bâtiment d’une prison à Presidio Modelo, Isla de la Juventud, Cuba. Auteur Friman. Sur le modèle du Panoptique de Jérémy Bentham. Les cellules aux parois transparentes, la tour du gardien au centre.

75 bd Saint-Michel - 49100 Angers

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