On croit souvent que la chasse aux sorcières appartient au Moyen Âge

Jan 9, 2026

On croit souvent que la chasse aux sorcières appartient au Moyen Âge.
C’est inexact. L’Histoire donne une autre temporalité.
Elle surgit au début des temps modernes, entre les XVe et XVIIe siècles.
Deux cents ans durant lesquels, selon les sources, entre 100 000 et 200 000 femmes furent accusées de sorcellerie, en Europe. Un chiffre immense rapporté à la population de l’époque.

Dans « Le Complexe de la sorcière »,
Isabelle Sorente décrit comment cette terreur a façonné une surveillance intérieure, transmise de génération en génération.
Une attaque d’abord genrée, mais dont les effets ont traversé tout le corps social : hommes et femmes, témoins impuissants d’un pouvoir qui montrait ce qu’il pouvait faire.

Rien n’était symbolique.
Se taire, se contenir, s’autocorriger relevait de la survie.

Cette mécanique a précédé, et probablement facilité, ce que Foucault décrira plus tard comme une autre forme de pouvoir :
Non plus la contrainte extérieure, mais la surveillance internalisée.
Celle que nous portons en nous, presque à chaque instant.

La chasse aux sorcières a produit une vigilance intime.
Le pouvoir moderne l’a perfectionnée.
Et nos récits en portent encore l’empreinte.

Ce qui nous habite ne vient pas seulement de nous.
Il vient aussi de ce que l’histoire a installé, silencieusement, dans nos corps.

(La suite au prochain post… )

Visuel : Hilma af Klint – The Ten Largest, No. 1 : Jeunesse (1907), exposition Guggenheim, Bilbao.

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